Bordeaux bashing : stop ! Acte II                                                                            


"- 15%, c'est la baisse des ventes de Bordeaux dans les restaurants, bars et cavistes entre 2012 et 2014 !

Les raisons d'un désamour :

Pour certains (vignerons), ce ne sont que les propos de "quelques cavistes parisiens et de journalistes bobos" ; pour d'autres, c'est le résultat de la dérive spéculative de certains crus classés qui laisse croire que Bordeaux ne produit que des vins chers.

En réalité, le Bordeaux bashing ne se résume pas simplement à un dénigrement systématique alimenté par les médias, d'autres mécanismes entrent en jeu : les nouveaux modes de conso du vin, le déficit d'image du vignoble, la distance des vignerons vis-à-vis du marché....

Premiers accusés, les cavistes et bars à vins "nature" parisiens, tout comme les sommeliers de certains restaurants branchés qui non seulement se détourneraient volontairement des vins de Bordeaux, mais propageraient la mauvaise parole. "Pour moi Bordeaux, c'est avant tout du foncier, des types qui investissent dans le vin, mais qui ne sont pas vignerons, leur vin n'a plus d'âme"

"Les Bordelais, eux, on ne les voit jamais ! Ils sont juste représentés par des agents. Comment voulez-vous créer un lien ?"

L'autre facette est la grande distribution, puissante pourvoyeuse de bordeaux. La moitié de la production est vendue en France par les supermarchés. "Présenter du Bordeaux à la carte n'est pas valorisant pour l'ego, on a l'impression de ne pas faire son travail parce que tout le monde connait""Nous sommes aujourd'hui dans une époque de conso immédiate. Les gens ne veulent plus conserver leurs bouteilles en cave pendant 10 ans avant de les boire. Il leur faut des vins prêts tout de suite, c'est la raison du succès des bourgognes et des beaujolais. Or, même si les bordeaux sont agréables dès leur jeunesse, il leur faut 5 à 10 ans de vieillissement pour s'exprimer pleinement"

Mais toutes ces raisons ne sont rien sans les Bordelais eux-mêmes :"A force de subir le yoyo avec les prix de certains crus, le consommateur a l'impression d'être pris pour un jouet" . Château Margaux 1995 était à 54 €, 945 € pour le 2010, 358 € pour le 2014 !

Malheureusement pour la réputation de Bordeaux, (de tous les autres Bordeaux !), cette grande volatilité de prix des 1ers crus classés masque une autre réalité. 90 % des crus voient leurs prix très peu varier sur la même période ! (22 € en 1995, 46 € pour le 2014 domaine de Chevalier)

A cette image spéculative s'ajoutent les préoccupations environnementales. En quelques années, la région bordelaise a été mise à l'index, considérée comme employant beaucoup de pesticides. Une image qui lui colle à la peau et qui ne redore pas son blason.

Un dernier point chagrine aussi nombre de consommateurs, l'attitude de Bordeaux vis-à-vis de ses clients hexagonaux. Les yeux rivés vers la Chine et les nouveaux eldorados, vignerons et négociants ont fini par nous oublier, oublier cette France morose, sans croissance, où le chômage est au plus haut et où les oenophiles n'ont pas suivi ni apprécié la flambée des crus classés spéculatifs. Nombreux sont ceux qui ont été ulcérés par la mise en scène médiatique de leur bonne fortune dans des chais architecturaux qui font la une des magazines. Cette réussite, presque indécente, froisse les français.

 Le fossé s'est creusé. Bordeaux s'est mis à clamer haut et fort qu'il est le centre du monde du vin, qu'il est le plus grand, le plus fort, celui qui donne le tempo. Mais celui, qui, du coup, attire la foudre et essuie les tempêtes les plus violentes.

Les Bordelais prennent conscience de leurs défauts et de leurs faiblesses. La maladie a été nommée. Reste à se soigner !

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